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Accaparement de terres au Kenya et au Mozambique  -  par Raymond

FIAN International travaille depuis plus de vingt ans contre les expulsions forcées des communautés rurales de leurs terres agricoles, de leurs pâturages, de leurs forêts ou zones de pêche. Au cours de ces deux décennies, FIAN International a été le témoin de la marginalisation croissante de l’agriculture paysanne et de l’élevage dans les politiques nationales et internationales. Aujourd’hui, ces communautés sont confrontées à des pertes de terres qui rappellent les temps coloniaux.

En mai en août-septembre 2009, FIAN a enquêté in situ sur quatre cas d’accaparement de terres au Kenya et au Mozambique, qui ont émergé suite à la crise financière et au boom des agro-carburants. Les cas d’accaparement de terres documentés par FIAN se situent dans le Delta du fleuve Tana, dans les zones marécageuses de Yala (Kenya) et dans le district de Massingir (Mozambique).

 

Résumé des cas :

Rivière - Kenya, Mai 2009 © Photo: Ralf
Leonhard- En novembre 2008, le Président kényan Mwai Kibaki a loué 40000 hectares de terres à fort potentiel dans le delta du fleuve Tana au gouvernement du Qatar afin que le Qatar puisse y développer des produits horticoles. Officiellement, on ne connait pas l’emplacement de cette plantation. Ce projet a été entouré de secret, puisque les informations sur cette acquisition de terres et l’exportation de produits agricoles ont été révélées seulement au moment des sévères sécheresses subies par le Kenya qui ont mis à mal les récoltes et obligé le gouvernement à déclarer d’urgence l’état de pénurie alimentaire. Un second projet dans le delta du fleuve Tana concerne la monoculture de canne à sucre. Dans le cadre d’un partenariat public/privé, la société Mumias Sugar Company Ltd., la plus grande entreprise sucrière du Kenya, et l’Autorité pour le Développement du Fleuve Athi-Tana (ADFTA), qui dépend de l’État, proposent de consacrer 16 000 hectares à une plantation de canne à sucre pour la production d’agro-carburants. Ces deux projets, s’ils se réalisent, conduiront au déplacement de centaines de milliers de fermiers et de paysans qui utilisent actuellement ces terres pour des cultures maraichères comme le maïs, le manioc, les haricots, les légumes ou encore les mangues. Les tribus d’éleveurs, notamment les Orma et les Wardei, vont également beaucoup souffrir puisque le delta leur sert de pâturage pour leurs troupeaux depuis des générations. Ces projets élimineraient au moins 2000 éleveurs. Les droits humains de ces populations, notamment leur droit à l’alimentation, seront violés si ces projets se réalisent.

 

- Les terres humides de la zone marécageuse de Yala se situent sur la côte nord-ouest du Lac Victoria et couvrent environ 17 500 hectares (175 km²). Elles jouent un rôle écologique et hydrologique essentiel et constituent une source majeure pour les moyens de subsistance des communautés qui y habitent. Les terres de la zone marécageuse de Yala sont régies par les conseils des comtés de Siaya et Bondo. Avec une population de près d’un demi-million d’habitants, c’est une région densément peuplée. Depuis bien longtemps, les populations locales y ont accès et s’en servent librement pour diverses activités quotidiennes. En 2003, Dominion Farms Ltd, une filiale du Groupe de Sociétés Dominion basé aux Etats Unis, est apparu dans la zone marécageuse de Yala. Dominion a passé un accord avec les deux conseils généraux de Siaya et Bondo, pour une surface de 6900 hectares de terrains marécageux sur les 17,500 hectares existants dans le cadre du Projet de Développement Intégré de la zone marécageuse de Yala, pour une durée de 25 ans renouvelable. Dominion proposait même de louer l’ensemble des 17 500 hectares de la région marécageuse. Le travail de FIAN est de montrer comment les Etats ont manqué à leurs obligations au regard des droits humains envers les populations locales et de soutenir la résistance des paysans face à l’accaparement de leurs terres.

 

Champ de canne
à sucre - Mozambique 2009 © Photo: Jun BorrasLe cas Massingir doit quant à lui être analysé dans le contexte des politiques d’exportation misant sur les agro-carburants du Mozambique. Le cas (également connu comme le cas ProCana) concerne un projet de plantation de canne à sucre de 30 000 hectares pour une durée de cinquante ans et destiné à fournir de l’éthanol, principalement à l’Afrique du Sud. L’entreprise britannique BioEnergy Afrique a acheté 94% du projet à d’autres investisseurs en 2008 et 2009. Les terres concernées sont la principale source des moyens de subsistance des communautés de Massingir qu’elles utilisent pour l’élevage, la production de charbon et l’agriculture de subsistance. Le gouvernement mozambicain a donné au projet ProCana des droits étendus pour utiliser le barrage de Massingir pour l’irrigation. Cet octroi de ressources hydriques met en péril l’autonomie et la capacité des communautés locales voisines à produire de la nourriture. De plus, le projet affecterait également les éleveurs en coupant les pâturages et les routes des éleveurs. Il y a un grand risque que ces communautés perdent leurs terres et leurs conditions de vie contre leur gré et sans être convenablement réinstallées et indemnisées. Les consultations avec les communautés locales concernées ont eu lieu, mais des irrégularités importantes ont été rapportées. Les communautés interrogées ont indiqué qu’en fait seules les élites locales et les personnes âgées ont été consultées, parmi lesquelles certaines avaient personnellement soutenu le mégaprojet dans leurs communautés, en dépit de la forte opposition de celles-ci. Ces consultations n’ont pas abordé la question de savoir si les communautés acceptaient ou non le projet éthanol et selon quels termes. Certaines communautés affectées ont souligné que ProCana avait étendu les frontières des terres qu’il voulait contrôler, sans tenir compte des accords initiaux passés avec les communautés. Fin 2009, BioEnergy Afrique a annoncé la suspension de son investissement dans ProCana. Selon des informations récentes, le gouvernement du Mozambique a ensuite annulé le projet ProCana. Il faut cependant noter que l’annulation du projet n’est pas fondée sur la violation des droits humains mais sur le non-respect des clauses du contrat commercial passé entre les deux parties.

 

Kenya, Mai 2009 © Photo: Ralf LeonhardTout cela nous montre que le continent africain est aujourd’hui confronté à de nombreux défis s’il veut parvenir à la réalisation du droit à l’alimentation des 200 millions de personnes victimes de la faim. Il ne s’agit pas seulement de décisions nationales mais aussi de décisions internationales permettant de lutter contre ce nouveau phénomène d’accaparement des terres, qui ne fait que renforcer une situation alimentaire déjà critique. De nombreuses organisations de la société civile africaine sont aujourd’hui engagées aux côtés de FIAN dans le combat pour le droit à l’alimentation. Souhaitons que ce travail de réseau continental et de plaidoyer international puisse rapidement porter ses fruits afin d’inverser une tendance pour l’instant fort défavorable aux populations paysannes africaines. Pourtant, ce sont elles qui peuvent nourrir l’Afrique !

Source : fian.fr

Publié le 18/10/2010 - 13:51  
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